lundi 16 avril 2012

Les amoureux

D'autres l'ont fait avant moi :

Se battre face à la maladie, s'est souvent en couple que ça se fait!

° c'est lui le patient, pendant dix ans. ca a commencé par un Alzheimer. Puis ça a continué par un cancer. Ils sont tous les 2 gentils, polis et adorablement amoureux.  Lui, me reconnait longtemps, puis fait semblant de me reconnaitre puis n'y arrive plus... alors quand j'arrive, je fais toujours la bise à sa femme en premier, comme ça il sait qu'on se connait bien et me fait la bise presque comme si il me reconnaissait! ça fait plaisir à Madame, qu'il me reconnaisse! Elle, s'est "l'aidante" de comme dans les livres : aussi agée que lui mais en bonne santé, dévouée au bord du sacrifice (de sa santé), elle n'avait pas imaginé leur vieillesse comme ça mais fait parce que c'est ainsi.Un alzheimer même modéré et un cancer en même temps ça fait beaucoup, pour tous les deux. Et puis un jour, ça fait trop. Les deux maladies ont avancé très vite en même temps. On ne peut plus grand chose contre le cancer. Et face à l'alzheimer... Un soir, cet homme adorable ne reconnait plus sa maison, sa femme, il a peur, il devient violent. On l'hospitalise. On sait tous... ce sera le long séjour. Il est décédé quelques mois plus tard. Elle vient une ou deux fois par an nous voir, nous embrasser, sur la pointe des pieds. Elle en a besoin mais pense que ça n'est pas normal de ne pas passer à autre chose. Nous, on lui offre un café, on discute on parle de la famille...

° il a une carrure de rugbyman, elle fait 1,50 pour 40kg!! ils ont une jolie histoire : amis d'enfance, il s'est marié avec une autre, il a eu un enfant puis est devenu veuf, ils se sont retrouvés... ils viennent pour lui, faire un point sur des douleurs violentes  et invalidantes d'origine non retrouvée malgré différentes investigations. L'équipe médicale trouvera, on tentera un traiement, il fera LA complication. Venus pour quelques jours, ils resteront plus de deux mois. Ils vivent tous les 2 dans la chambre d'hôpital, elle refuse une chambre ailleurs. Au plus mal de son état, ils vont refuser les soins intensifs pour rester ensemble. Elle s'inquiète pour la santé de son homme et lui a peur qu'elle s'épuise. Ils rentreront chez eux en pleurant, émus de nous quitter. Ils reviennent tous les ans environs pour faire le point et on se rappelle ensemble. Ils avancent en âge, ils savent qu'ils ne pourront pas l'un sans l'autre.

° ils ont 7 enfants, il est gravement malade depuis plusieurs années. Ils se battent ensemble, unis. Cette famille respire l'amour, le respect, les vraies valeurs. Elle connait ses symptomes, elle gère, la patronne s'est elle. Dans le service, ça ne plait pas à tout le monde d'ailleurs. Lui, il en a besoin, c'est ainsi qu'ils fonctionnent, c'est leur histoire. Une complication apparait atendue mais imprévisible, rapide. On ne se lance pas dans de grandes manoeuvres mais on tente de limiter les dégats en espérant que ça se stabilise. Elle, a compris. Pendant que nous nous activons et malgré le mouvement, elle lui tient la main et lui dit au revoir : "je t'aime, je t'aime je t'aime. Tu peux t'en aller, sois tranquille, je suis là, on est tous là..." Elle ne s'arrete que pour téléphoner à l'un de ses enfants et dire très calmement : "Papa ne va pas bien, je suis avec lui, il faut venir". Elle a raison, il va mourrir quelques heures plus tard. En famille, ils prépareront la cérémonie, en musique, au son des guitares de leurs petits enfants.

° il a une maladie au nom imprononçable mais qui l'invalide dans sa mobilité notamment. Ils viennent régulièrement pour son traitement. Une heure après leur arrivée et pour 5 jours, les jolies couvertures ont remplacé celles de l'hôpital, la radio fonctionne, elle sort son tricot... on parle potager, tricot, petits enfants... Elle ne loupera pas une hospitalisation même si ils habitent loin. Lui, est adorable, se bat avec humour et simplicité. Un jour, comme ça, sans prévenir, il fera un AVC. Il sera hospitalisé en urgence plus prés de chez eux, elle a besoin de nous prévenir. En 48h, il fera un 2em AVC puis un 3em... il décède. Elle nous écrit. Elle voulait venir nous voir mais n'arrive pas à passer la porte du service, trop de souvenirs. Parce que 5 jours d'hospitalisation presque tous les mois pendant plusieurs années ça crée des liens, exceptionnellement, nous aussi on lui a écrit.

  

Posté par infirm à 16:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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