vendredi 13 septembre 2013

Economie... stupidité

Là où je travaille, certaines prise en charge nécessitent une injection à j2.

Ici, le produit et son rôle n'ont pas d'intérêt.

Ce qui est important, c'est que ce traitement est absolument nécessaire pour ces patients.

Jusqu'à il y a quelques mois, le produit était informatiquement prescrit à j1 pour j2; arrivait par le circuit habituel le soir de j1 et était injecté à j2, le matin, avant la sortie du patient.

L'injection coute 900 euros... une seule seringue, une sous cutanée.

Décision récente des services décisionnaires en lien avec la pharmacie : l'injection sera prescrite sur une ordonnance. Nous donnons l'ordonnance au patient à sa sortie, il la fera en externe. Plus de facturation à la structure : économies!!

Dans un monde parfait, tous nos patients seraient capables et auraient envie de se faire une injection sous cutanée. C'est vrai, c'est un geste ultra simple. Oui mais voilà, à 83 ans de moyenne d'âge, ça se complique un peu!!
les proches? Pourquoi pas, mais ça n'est pas leur rôle. Et puis, dans ce super monde parfait, mes collègues et moi, on aurait même le temps de leur apprendre comment on fait.
Reste l'infirmière libérale.

Je ne suis pas sure que cette histoire paraisse compliquée à tout le monde. J'explique :

- on ne parle pas d'un traitement pour la fertilité, où les injections se font sur plusieurs semaines voir plusieurs mois et où le patientes sont jeunes. On parle d'une seule injection dans le mois, pendant environ 6 mois, chez des patients âgés ET malades.
- l'injection coute 900 euros et doit suivre un circuit du froid.
- une infirmière libérale, c'est le plus simple. Pour le coup, oui, mais pour les patients qui en ont déjà une de manière régulière. Elle vient de toutes les façons, il suffit de la prévenir du soin supplémentaire. Pour les autres, faire venir une infirmière pour une injection quand on sait le casse tête que ça peut représenter parfois d'en trouver une de dispo.Il aura fallu biensûr au préalable que la pharmacie ait le produit ou le commande rapidement. En effet, l'efficacité, c'est à j2 pas à j3 ou 4!

Alors on s'est plié aux directives, mais médecins comme infirmiers, on se doute du nombre d'injections qui ne seront pas faites et donc du risque de complications que ça entraine.

Y a des solutions : l'éducation des patients et de leur famille, les prévenir dès l'entrée pour qu'ils puissent prévenir infirmière et pharmacie, faire le lien nous même avec les professionnels de ville, etc. Je me dis qu'à la 3e ou 4e fois, les choses seront rodées pour le patient, mais avant... on fait quoi? On croise les doigts pour qu'il n'y est rien de grave d'ici que les choses se mettent en place.

Tout ça, c'est possible,  mais ça n'est pas satisfaisant.

Il y a quelques mois : je voyais la prescription, je prenais l'injection dans le frigo, j'allais piquer le patient puis il sortait. On allait jusqu'au bout du soin, c'était plus simple et plus efficace.

Voilà mon problème avec toute cette politique de santé qui traine depuis un moment maintenant. Par soucis d'économie, on complique les choses, on les rend moins logiques, moins abouties. ça fait longtemps que ça dur, mais j'ai peut être atteint une expérience qui me permet de me rendre, aujourd'hui, compte de tout ça.

Frustration. Le mot est le bon. Je suis frustrée par un tas de décisions prises par des gens que je ne vois pas et ne connais pas. Ont ils pratiqué un jour? Savent ils ce qu'on vit dans les services de soins? Ont ils déjà seulement vu un patient?

J'adore mon métier mais parfois je crois que tout ça ronge doucement ma passion. Je n'ai pas écrit ici depuis des mois surtout à cause de ça. Quoi raconter quand nos envies de soignants, nos espoirs... s'engluent dans de telles visions du soin?

 

Posté par infirm à 14:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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