Parce qu'une infirmière, ça ne fait pas que des piqûres!

vendredi 13 septembre 2013

Economie... stupidité

Là où je travaille, certaines prise en charge nécessitent une injection à j2.

Ici, le produit et son rôle n'ont pas d'intérêt.

Ce qui est important, c'est que ce traitement est absolument nécessaire pour ces patients.

Jusqu'à il y a quelques mois, le produit était informatiquement prescrit à j1 pour j2; arrivait par le circuit habituel le soir de j1 et était injecté à j2, le matin, avant la sortie du patient.

L'injection coute 900 euros... une seule seringue, une sous cutanée.

Décision récente des services décisionnaires en lien avec la pharmacie : l'injection sera prescrite sur une ordonnance. Nous donnons l'ordonnance au patient à sa sortie, il la fera en externe. Plus de facturation à la structure : économies!!

Dans un monde parfait, tous nos patients seraient capables et auraient envie de se faire une injection sous cutanée. C'est vrai, c'est un geste ultra simple. Oui mais voilà, à 83 ans de moyenne d'âge, ça se complique un peu!!
les proches? Pourquoi pas, mais ça n'est pas leur rôle. Et puis, dans ce super monde parfait, mes collègues et moi, on aurait même le temps de leur apprendre comment on fait.
Reste l'infirmière libérale.

Je ne suis pas sure que cette histoire paraisse compliquée à tout le monde. J'explique :

- on ne parle pas d'un traitement pour la fertilité, où les injections se font sur plusieurs semaines voir plusieurs mois et où le patientes sont jeunes. On parle d'une seule injection dans le mois, pendant environ 6 mois, chez des patients âgés ET malades.
- l'injection coute 900 euros et doit suivre un circuit du froid.
- une infirmière libérale, c'est le plus simple. Pour le coup, oui, mais pour les patients qui en ont déjà une de manière régulière. Elle vient de toutes les façons, il suffit de la prévenir du soin supplémentaire. Pour les autres, faire venir une infirmière pour une injection quand on sait le casse tête que ça peut représenter parfois d'en trouver une de dispo.Il aura fallu biensûr au préalable que la pharmacie ait le produit ou le commande rapidement. En effet, l'efficacité, c'est à j2 pas à j3 ou 4!

Alors on s'est plié aux directives, mais médecins comme infirmiers, on se doute du nombre d'injections qui ne seront pas faites et donc du risque de complications que ça entraine.

Y a des solutions : l'éducation des patients et de leur famille, les prévenir dès l'entrée pour qu'ils puissent prévenir infirmière et pharmacie, faire le lien nous même avec les professionnels de ville, etc. Je me dis qu'à la 3e ou 4e fois, les choses seront rodées pour le patient, mais avant... on fait quoi? On croise les doigts pour qu'il n'y est rien de grave d'ici que les choses se mettent en place.

Tout ça, c'est possible,  mais ça n'est pas satisfaisant.

Il y a quelques mois : je voyais la prescription, je prenais l'injection dans le frigo, j'allais piquer le patient puis il sortait. On allait jusqu'au bout du soin, c'était plus simple et plus efficace.

Voilà mon problème avec toute cette politique de santé qui traine depuis un moment maintenant. Par soucis d'économie, on complique les choses, on les rend moins logiques, moins abouties. ça fait longtemps que ça dur, mais j'ai peut être atteint une expérience qui me permet de me rendre, aujourd'hui, compte de tout ça.

Frustration. Le mot est le bon. Je suis frustrée par un tas de décisions prises par des gens que je ne vois pas et ne connais pas. Ont ils pratiqué un jour? Savent ils ce qu'on vit dans les services de soins? Ont ils déjà seulement vu un patient?

J'adore mon métier mais parfois je crois que tout ça ronge doucement ma passion. Je n'ai pas écrit ici depuis des mois surtout à cause de ça. Quoi raconter quand nos envies de soignants, nos espoirs... s'engluent dans de telles visions du soin?

 

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vendredi 28 décembre 2012

la bonne distance ... ou pas

à l'IFSI, ça semble être la clé de toute relation soignant-soigné. La bonne distance, celle qui semble juste. Etre EMPATHIQUE sans être trop proche. Professionnel, compréhensif, à l'écoute... trop facile tout ça!! Ne pas parler de sa vie perso, ne pas juger, etc. Je passe, c'est un des fil rouge de nos trois ans de formation. On nous dispense la recette comme une marche à suivre, une consigne, une limite infranchissable.

Sauf qu'un jour, la discipline que j'ai choisi et qui me passionne fait revenir les gens, souvent, pendant des mois et des années même. Ils vous voient enceinte, il faut bien leur dire que vous partez en congés maternité. Ils vous voient revenir, certains vous croisent dans le couloir avec votre bébé dans les bras. On fait parti de leur quotidien, alors ils prennent des nouvelles de la famille. Nous, on voit la maladie avançait en même temps que leur famille évolue, change, perd un être ou s'agrandit. Ils nous appellent par nos prénoms et un jour, ont envie de nous faire la bise, à toute l'équipe.

Biensur, il y a une limite. Celle qui fait que les photos de nos petits, hors photos de naissance, restent dans nos poches. Celle qui fait qu'on en reste au monsieur, madame même si eux nous appellent par nos prénoms. Celle qui fait qu'on ne va jamais chez eux. etc

Pourtant, il serait bête de nier que nous ne sommes plus dans une stricte distance professionnelle. Elle ne me semble pas dangereuse car elle n'est pas du fait de l'attachement à un soignant mais à l'ensemble d'une équipe. Après, chacun doit connaître ses limites. Il est faut de dire qu'une bonne distance permet de ne pas être triste quand on perd un patient. Un être est inhumain s'il ne ressent rien à la mort de quelqu'un plus ou moins connu.

 

 

 

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vendredi 2 novembre 2012

Brève d'un jour

Les collègues médecins ont demandé l'avis d'un chirurgien pour un patient. Il arrive à un moment où je suis seule, je le conduis au patient :

MOI : - Mr X, voilà le médecin qui devait venir vous rencontrez!

L'INTERNE DE CHIR, visiblement irrité : - je suis le CHIRURGIEN Mr, bonjour"

Il est ensuite allé de surprise en surprise car :
- oui chez nous on travaille calmement et poliment
- oui je suis infirmière et je vais servir mais non je ne suis pas boniche et tu es assez grand pour mettre tes gants stériles tout seul... même que d'autorité, sans que tu l'aies demandé je t'asperge les mains de Solution hydro alcoolique parce que le lavabo il a pas l'air de te plaire
- oui par ici, on tutoie les docteurs et ils nous tutoient et c'est sympa,
- oui, ici dans les chambres doubles on met le rideau et on recouvre le patient pour lui parler

Pour être honnete, arrivé strict dans son déguisement de super-chir-qui-vient-nous-sauver, habitué à un accueil des équipes que je sais pas toujours très cordial; il est reparti semble t'il un peu plus décontracté conscient que pour de vrai, on lui était reconnaissant d'être venu!

J'ai même eu le droit à un : "bon courage pour l'après-midi, n'hésitez pas à me rappeler"

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jeudi 18 octobre 2012

Demain, il fera jour

Dès fois je suis lassée, comme ce soir. ça m'arrive rarement mais là, c'est le cas. Pas de raison particulière, pas de journée très rude, rien. Ce n'est pas la grosse fatigue qui pousse à bout ou la grosse colère qui fait crier. Non, juste un peu de : "...pppppffffff.... pause SVP".

Le patient décédé alors qu'on y croyait et les mines de toute l'équipe.
Celui rentré chez lui pour revenir aux urgences quelques heures ensuite.
Celle dont la rémission a été trop courte.
Celle qui n'a pas eu de rémission.
Les remplaçants qu'on n'a pas.
Les responsables absents .
La réunion de famille où je ne pourrai pas aller... encore.
Ne pas pouvoir raconter à la maison parce qu'il n'est pas de la partie et que ça lui fait des choses trop dures à entendre.

Je ne me plains pas. Tous les métiers sont difficiles et le mien à des aspects particuliers. Je sais que demain ça ira mieux, que c'est ainsi. Mais sincèrement, dès fois, j'aimerai ne pas être prise par la vie qui va vite, la journée qui speed, le rythme intense du boulot, les occupations de tous, la pression de l'hôpital... Dès fois, j'aimerai qu'on se pose pour se dire : "tu sais, ça j'y pense et ça m'embete...".
Et il n'y aurait pas de jugement, personne ne répèterait déformé, personne ne trouverait ça stupide et ne prendrait ça comme une perte de temps. On s'écouterait, sans forcément trouver des solutions mais juste pour en parler.

Je sais, ça existe, en groupe de parole ou en régulation d'équipe par exemple.
Comme tout, la mise en place nécéssite des préparatifs et des demandes en pleins d'exemplaires. La mise en place était quasi terminée... Mais le nouvel encadrement a estimé que c'était inutile et que ceux qui en ressentaient le besoin pouvaient prendre RDV avec le psy de la médecine du travail.

NO COMMENT!!

 

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dimanche 23 septembre 2012

les meilleurs ennemis

Dans mon travail quotidien, je m'entends très bien avec l'équipe médicale, vraiment. Je suis contre la pseudo-guéguerre médecin/infirmiers qui ne mène à rien. Je trouve respectable voir admirable d'avoir le courage de faire autant d'études, dans des conditions particulièrement difficiles de mon point de vue. Globalement, je respecte beaucoup le savoir et la connaissance. Je m'arrete là mais on l'aura compris, j'aime bien les médecins (dans une discussion avec des collègues, ça peut parfois me valoir des ricanements, voir des gros yeux...).

Biensûr...
quand le stéréotype du chirurgien vient donner un avis et qu'il ne dit pas bonjour, ne nous parle pas sauf pour donner des ordres ou faire des blagues à tendance sexiste...
quand l'interne de garde que je vois pour la première fois se permet de donner des ordres sans explications...
qu'un interne refuse toutes mes propositions pour la prise en charge d'un patient puis va les proposer au chef comme étant les siennes...
que des P1-P2 (avec le nez qui coule encore), se permettent d'écrire des textos pendant la relève parce que leur stage infirmier leur semble inutile...
qu'un médecin que je croise et rencontre depuis des années se retrouve obliger de me dire bonjour parce que les autres l'ont fait, alors qu'il ne l'avait jamais fait jusque là...

Biensûr, là, je suis agacée. Je suis mal habituée par l'équipe médicale avec qui je bosse, il sont accessibles et nous travaillons dans une réelle entente et colaboration.

A contrario...
quand les décisions médicales sont critiquées sans fondement, juste parce qu'on n'aurait pas pris la même, et surtout dans leur dos...
quand les cadres infirmiers s'amusent à marginaliser les équipes médicales jusque dans leur place au sein des bureaux (j'en ai connu une qui voulait interdire aux médecins de s'asseoir dans le bureau principal parce qu'il était désigné comme bureau infirmier)...
quand les ironies stupides peuvent venir de très haut et être faites en public...
parce que les gérémiades sur le modèle : "les médecins ne nous écoutent pas, ils négligent notre travail, ils nous prennent pour des sous-merdes" me gonflent éperdument...

Alors là, du coup, je me demande qui de la poule ou de l'oeuf a commencé! si certains descendaient un peu de leur montagne d'orgueil et que d'autres se montraient moins agressifs; si l'ensemble pensait à réfléchir et à discuter... ça pourrait être tellement mieux.

Oh puis occasionnellement, ça pourrait peut-être nous libérer un peu de temps pour défendre ensemble notre système de santé qui a bien besoin de rassemblement.

 

(sincèrement, ce sera l'occasion d'un autre post, la seule chose que je ne saisis vraiment pas dans la médecine, c'est le projet pédagogique des études, ça me laisse souvent perplexe...)

 

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mardi 4 septembre 2012

C'est qui son médecin traitant?

Cette question on se la pose quotidiennement, comme d'autres :

- ça se passe comment à la maison? On va appeler le médecin pour qu'il nous dise
- le retour à domicile est possible? On va voir ce qu'en pense le médecin traitant
- oui, je comprends, vous êtes fatigué, mais faut appeler votre médecin traitant, c'est lui votre référent, il nous appelera si y a besoin
- le médecin traitant dit que...
- son médecin traitant a demandé l'hospitalisation dans cet objectif
- il n'a pas de médecin traitant? Non mais ça va pas ça, il faut dire à ses enfants d'en trouver un
- le courrier est adressé à votre médecin traitant, il faut penser à lui donner, il est pour lui

des patients isolés dans des déserts médicaux, on en a peu et tant mieux parce que sans médecin généraliste, c'est le bordel!!!!

des propositions de solutions contre les déserts médicaux, y en a par , n'hésitez pas à les soutenir!!!

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samedi 25 août 2012

les petites phrases

Quand on cumule infirmier (-ère) et fonctionnaire, on n'est pas à l'abri de petites remarques. Il y a les idées reçues aussi. Et notre quotidien parfois fait de propos cinglants qui ne valorisent pas la profession, d'ou qu'ils viennent (patient, entourage, hierarchie, amis...). Dans l'ensemble et à distance, tout ça me fait rire et ne perturbe pas ma motivation. Petit florilège :

"parce que pour vous la télé c'est pas une urgence Madame?" (contexte : je suis seule infirmière avec deux aides soignants, c'est week end, pas de médecin et de responsable, on court partout. A la dixième question posée sur cette télé en panne, que j'ai bien du mal à faire réparer, je réponds que je vais d'abord m'occuper des urgences. Voilà la réponse... inatendue)

"je paie mes impots qui paient votre salaire" (un classique pour tout fonctionnaire)

"de mon temps, on était plus autonome, vous servez à quoi aujourd'hui?" (merci la collègue à la retraite)

"c'est votre vie privée qui doit s'adapter au planning professionnel et pas le contraire" (merci la hiérarchie)

"je veux voir le chef, vous n'êtes rien vous"

"alors, c'est vrai, vous êtes nues sous la blouse" (si si, on me la sort encore)

"je n'aurai pas aimé que l'un de mes enfants fasse votre métier, vraiment"

"le docteur qui vient de passer, il ne vient pas me voir? - C'est pas un docteur Madame, c'est un infirmier. - Ah bon, pour un homme, il aurait pu faire mieux."

"il y a une infirmière qui m'a dit que je rentrais à la maison demain. - C'est pas une infirmière, c'est le docteur, l'interne du service. - ah, mais je pourrai voir le docteur quand même..."

Les deux dernières sont tellement dépassées qu'elles m'atendrissent!!

J'en oublie biensûr.
Mais la meilleure, celle qui nous poursuit partout, tout le temps et à toutes les occasions :

"vous faites un beau métier, je vous admire, je n'aurai jamais pu le faire car je suis trop sensible"

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mercredi 22 août 2012

Sunshine

6h30, la relève du matin. L'ambiance y est particulière, on est fatigué, on émerge, pour beaucoup on est encore à jeun; va falloir se bouger... vite.
Ma collègue lasse de sa nuit de boulot, la tension présente pour ne rien oublier de me transmettre et en même temps la perspective du relachement arrivant, démarre son point.

"Chambre 0, Mr X.
Entré cette nuit, il a 88 ans. Il vient des urgences. En fait, il y a quelques temps il a fait une embolie pulmonaire. Après traitement sur l'hôpital, il est parti en maison de repos. Il y a 48h, ils lui ont trouvé une phlébite. Hier soir, ils l'ont transféré aux urgences pour suspicion d'AVC, confirmé sur place. Il est aphasique et hémiplégique à gauche; sachant que ce monsieur est amputé depuis longtemps de la jambe droite."

....!!!!!????? 

En général, je n'ai pas de réponse à la cruauté de la vie. Là, c'est horrible, je ne suis pas arrivée à me retenir... j'ai ri, d'un bon gros fou rire bien nerveux. C'est pas bien, mais quand même c'est terrible d'enchainer ainsi!

Je vais me présenter à ce patient, mon fou rire passé et renvoyé aux oubliettes. Première impression : c'est un beau monsieur avec des yeux bleus magnifiques. Il les plante sur nous tous, l'air de dire : "et alors, et après?".

Quelques jours passent, milieu de journée, je viens lui faire un soin. Il a retrouvé un semblant de parole et il bataille pour se faire comprendre. Nous, on s'habitue à sa manière de parler. Je lui parle, lui sourit, rien d'extraordinaire.
Il me dit une phrase, quelques mots dont je n'en comprends qu'un : "soleil".
Je lui réponds : "oui, oui, il fait beau aujourd'hui, c'est agréable"
Il s'agace un peu, et me dit "non, non", et me répète sa phrase. Après plusieurs tentatives, émue, je finis par comprendre : "vous êtes le soleil de ma journée".

Euhhh... merci Monsieur.

Il parait que ça n'est pas bien mais je lui fais une bise sur le front. Il y a des moments, des parenthèses comme ça, qu'on oublie jamais. Pour finir l'histoire, 10 jours après son AVC, il va demander à son fils d'amener sa prothèse de jambe. Il l'a décidé, il veut, il va marcher! 
Catégorie : COMBATTANT. 
De ceux qui vous donne une leçon de vie... 

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lundi 16 avril 2012

Les amoureux

D'autres l'ont fait avant moi :

Se battre face à la maladie, s'est souvent en couple que ça se fait!

° c'est lui le patient, pendant dix ans. ca a commencé par un Alzheimer. Puis ça a continué par un cancer. Ils sont tous les 2 gentils, polis et adorablement amoureux.  Lui, me reconnait longtemps, puis fait semblant de me reconnaitre puis n'y arrive plus... alors quand j'arrive, je fais toujours la bise à sa femme en premier, comme ça il sait qu'on se connait bien et me fait la bise presque comme si il me reconnaissait! ça fait plaisir à Madame, qu'il me reconnaisse! Elle, s'est "l'aidante" de comme dans les livres : aussi agée que lui mais en bonne santé, dévouée au bord du sacrifice (de sa santé), elle n'avait pas imaginé leur vieillesse comme ça mais fait parce que c'est ainsi.Un alzheimer même modéré et un cancer en même temps ça fait beaucoup, pour tous les deux. Et puis un jour, ça fait trop. Les deux maladies ont avancé très vite en même temps. On ne peut plus grand chose contre le cancer. Et face à l'alzheimer... Un soir, cet homme adorable ne reconnait plus sa maison, sa femme, il a peur, il devient violent. On l'hospitalise. On sait tous... ce sera le long séjour. Il est décédé quelques mois plus tard. Elle vient une ou deux fois par an nous voir, nous embrasser, sur la pointe des pieds. Elle en a besoin mais pense que ça n'est pas normal de ne pas passer à autre chose. Nous, on lui offre un café, on discute on parle de la famille...

° il a une carrure de rugbyman, elle fait 1,50 pour 40kg!! ils ont une jolie histoire : amis d'enfance, il s'est marié avec une autre, il a eu un enfant puis est devenu veuf, ils se sont retrouvés... ils viennent pour lui, faire un point sur des douleurs violentes  et invalidantes d'origine non retrouvée malgré différentes investigations. L'équipe médicale trouvera, on tentera un traiement, il fera LA complication. Venus pour quelques jours, ils resteront plus de deux mois. Ils vivent tous les 2 dans la chambre d'hôpital, elle refuse une chambre ailleurs. Au plus mal de son état, ils vont refuser les soins intensifs pour rester ensemble. Elle s'inquiète pour la santé de son homme et lui a peur qu'elle s'épuise. Ils rentreront chez eux en pleurant, émus de nous quitter. Ils reviennent tous les ans environs pour faire le point et on se rappelle ensemble. Ils avancent en âge, ils savent qu'ils ne pourront pas l'un sans l'autre.

° ils ont 7 enfants, il est gravement malade depuis plusieurs années. Ils se battent ensemble, unis. Cette famille respire l'amour, le respect, les vraies valeurs. Elle connait ses symptomes, elle gère, la patronne s'est elle. Dans le service, ça ne plait pas à tout le monde d'ailleurs. Lui, il en a besoin, c'est ainsi qu'ils fonctionnent, c'est leur histoire. Une complication apparait atendue mais imprévisible, rapide. On ne se lance pas dans de grandes manoeuvres mais on tente de limiter les dégats en espérant que ça se stabilise. Elle, a compris. Pendant que nous nous activons et malgré le mouvement, elle lui tient la main et lui dit au revoir : "je t'aime, je t'aime je t'aime. Tu peux t'en aller, sois tranquille, je suis là, on est tous là..." Elle ne s'arrete que pour téléphoner à l'un de ses enfants et dire très calmement : "Papa ne va pas bien, je suis avec lui, il faut venir". Elle a raison, il va mourrir quelques heures plus tard. En famille, ils prépareront la cérémonie, en musique, au son des guitares de leurs petits enfants.

° il a une maladie au nom imprononçable mais qui l'invalide dans sa mobilité notamment. Ils viennent régulièrement pour son traitement. Une heure après leur arrivée et pour 5 jours, les jolies couvertures ont remplacé celles de l'hôpital, la radio fonctionne, elle sort son tricot... on parle potager, tricot, petits enfants... Elle ne loupera pas une hospitalisation même si ils habitent loin. Lui, est adorable, se bat avec humour et simplicité. Un jour, comme ça, sans prévenir, il fera un AVC. Il sera hospitalisé en urgence plus prés de chez eux, elle a besoin de nous prévenir. En 48h, il fera un 2em AVC puis un 3em... il décède. Elle nous écrit. Elle voulait venir nous voir mais n'arrive pas à passer la porte du service, trop de souvenirs. Parce que 5 jours d'hospitalisation presque tous les mois pendant plusieurs années ça crée des liens, exceptionnellement, nous aussi on lui a écrit.

  

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mardi 10 avril 2012

être l'enfant d'un patient

Mme C est originale pour le service. Elle a une pathologie pour laquelle nous ne sommes pas spécialisés et qui est plutôt rare. Elle est plus jeune que la moyenne d'âge de nos patients. Mme C parle beaucoup, ses propos sont inadaptés. Elle répète toujours les même mots, dans le désordre, très vite. Elle est très agitée, elle veut partir, elle se met en danger. Elle est arrivée ici un peu par hasard parce que son médecin voit bien qu'elle ne peut plus rester chez elle. Elle semble angoissée mais est très sympatique. On finit par comprendre que sa voiture est accidentée. Personne ne sait ce qui s'est passé, elle ne peut pas le raconter. Accident? Vol? Agression? toujours est il que ça n'arrange pas la maladie de Mme C déjà bien avancée. On a peu d'infos. Cette patiente ne peut clairement pas rester à la maison du fait de son angoisse et de son impossibilité à gérer un quotidien. Pourtant elle nous arrive avec une apparence un peu exhubérante mais soignée, semble manger régulièrement et conduisait donc jusque là... que c'est il passé pour qu'elle bascule, pour qu'on en soit là? 

Mme C a deux filles. Ou sont elles? l'une d'elle passe en coup de vent, régler l'administratif et repart comme si de rien était. Ca faisait 6 mois qu'elles ne s'étaient pas vu. La fille de Mme C ne nous apportera rien : ni sur l'état de sa maman avant, ni sur ce qui a pu se passer, ni sur ce qu'on peut envisager maintenant. Elles sont mère et fille mais sont visiblement deux inconnues.

Mme C est rapidement sorti du service pour un lieu spécialisé. Je l'ai revu quelques jours aprés. Elle est en pyjama de l'hôpital, elle n'est pas maquillée, elle n'est plus agitée, plus angoissée... elle parle peu. Elle a perdu son exhubarance et elle ne semble plus si jeune. On pourrait alors parler du bénéfice attendu du traitement (bien-être ou normalité), mais ce serait très long, peut être pour un autre message! Ce qui est sur, c'est qu'ainsi, elle ne peut toujours pas gérer son quotidien, il est difficile d'évaluer si elle se sent mieux, en revanche son quotidien est devenu possible à gérer avec de l'aide et elle ne se met plus en danger.

Je ne sais pas ce qu'est ensuite devenu cette dame. Parmis toutes les questions et toutes les remarques de l'équipe, il y a biensur les classiques : "ses filles ne s'en occupe pas, elle est seule, c'est malheureux quand même, elle a l'air si gentille...". Biensur que Mme C n'aurait surement pas connu une telle situation si ces filles avaient été plus présentes. Mais nous ne connaissons cette dame qu'à ce moment précis de sa vie. Qui était elle avant? Quelles étaient leurs relations? Quels événements ont elles connus?...

Pour concrétiser mon point de vue, j'ai un exemple très précis sur ce sujet. J'ai été "la fille de...", celle qui par choix ne vient pas voir le patient, celle qui ne s'en occupe pas et qui ne changera pas d'avis. Pas de rancoeur ou de méchanceté mais parfois la vie suffit pour que même la maladie ou la mort ne vous rapprochent pas. Je n'ai pas regretté ce choix. Certainement qu'il y a eu des équipes pour me trouver méchante et plaindre le patient. 
Tant pis... et tant mieux.

Tant pis, parce que je sais que mon choix est respectable si on connait toute l'histoire et que je n'ai de toutes façons pas à le justifier.
Tant mieux, parce que fasse au malheur de la maladie, surtout quand on est seul, je souhaite à chacun d'avoir des soignants empathiques et compatissants. De ceux qui vous accompagnent et vous donnent l'humanité que d'autres ne vous donnent plus quelqu'en soient les raisons. 

 

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