mardi 10 avril 2012

être l'enfant d'un patient

Mme C est originale pour le service. Elle a une pathologie pour laquelle nous ne sommes pas spécialisés et qui est plutôt rare. Elle est plus jeune que la moyenne d'âge de nos patients. Mme C parle beaucoup, ses propos sont inadaptés. Elle répète toujours les même mots, dans le désordre, très vite. Elle est très agitée, elle veut partir, elle se met en danger. Elle est arrivée ici un peu par hasard parce que son médecin voit bien qu'elle ne peut plus rester chez elle. Elle semble angoissée mais est très sympatique. On finit par comprendre que sa voiture est accidentée. Personne ne sait ce qui s'est passé, elle ne peut pas le raconter. Accident? Vol? Agression? toujours est il que ça n'arrange pas la maladie de Mme C déjà bien avancée. On a peu d'infos. Cette patiente ne peut clairement pas rester à la maison du fait de son angoisse et de son impossibilité à gérer un quotidien. Pourtant elle nous arrive avec une apparence un peu exhubérante mais soignée, semble manger régulièrement et conduisait donc jusque là... que c'est il passé pour qu'elle bascule, pour qu'on en soit là? 

Mme C a deux filles. Ou sont elles? l'une d'elle passe en coup de vent, régler l'administratif et repart comme si de rien était. Ca faisait 6 mois qu'elles ne s'étaient pas vu. La fille de Mme C ne nous apportera rien : ni sur l'état de sa maman avant, ni sur ce qui a pu se passer, ni sur ce qu'on peut envisager maintenant. Elles sont mère et fille mais sont visiblement deux inconnues.

Mme C est rapidement sorti du service pour un lieu spécialisé. Je l'ai revu quelques jours aprés. Elle est en pyjama de l'hôpital, elle n'est pas maquillée, elle n'est plus agitée, plus angoissée... elle parle peu. Elle a perdu son exhubarance et elle ne semble plus si jeune. On pourrait alors parler du bénéfice attendu du traitement (bien-être ou normalité), mais ce serait très long, peut être pour un autre message! Ce qui est sur, c'est qu'ainsi, elle ne peut toujours pas gérer son quotidien, il est difficile d'évaluer si elle se sent mieux, en revanche son quotidien est devenu possible à gérer avec de l'aide et elle ne se met plus en danger.

Je ne sais pas ce qu'est ensuite devenu cette dame. Parmis toutes les questions et toutes les remarques de l'équipe, il y a biensur les classiques : "ses filles ne s'en occupe pas, elle est seule, c'est malheureux quand même, elle a l'air si gentille...". Biensur que Mme C n'aurait surement pas connu une telle situation si ces filles avaient été plus présentes. Mais nous ne connaissons cette dame qu'à ce moment précis de sa vie. Qui était elle avant? Quelles étaient leurs relations? Quels événements ont elles connus?...

Pour concrétiser mon point de vue, j'ai un exemple très précis sur ce sujet. J'ai été "la fille de...", celle qui par choix ne vient pas voir le patient, celle qui ne s'en occupe pas et qui ne changera pas d'avis. Pas de rancoeur ou de méchanceté mais parfois la vie suffit pour que même la maladie ou la mort ne vous rapprochent pas. Je n'ai pas regretté ce choix. Certainement qu'il y a eu des équipes pour me trouver méchante et plaindre le patient. 
Tant pis... et tant mieux.

Tant pis, parce que je sais que mon choix est respectable si on connait toute l'histoire et que je n'ai de toutes façons pas à le justifier.
Tant mieux, parce que fasse au malheur de la maladie, surtout quand on est seul, je souhaite à chacun d'avoir des soignants empathiques et compatissants. De ceux qui vous accompagnent et vous donnent l'humanité que d'autres ne vous donnent plus quelqu'en soient les raisons. 

 

Posté par infirm à 15:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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